Une forme certaine de paradis

L’histoire commence par la fin. Sauf que je vais descendre dans Paradise Bowl au lieu de remonter! C’est beaucoup plus plaisant et nettement moins fatigant! Donc, Paradise Bowl à Lake Louise, c’est immense et chaque coin et recoin de montagne révèlent ses particularités. Au total, j’ai descendu 5 à 6 fois en ligne et j’en aurais pris encore. Sauf que la chaise fermait.

Paradise bowl dans toute son immensité.

Toujours est‑il que la neige était bonne et il y en avait assez sous ma planche pour rider. Le soleil l’a ramollie et ça descendait bien. Enchaîner des virages devenait presque facile. Sur une pente à 30-35 degrés. Presque facile! Le mal aux côtes de la première journée a disparu lors de ma visite au Banff hot springs. Donc, y fait beau et ça descend dans les bosses. Et toujours, cette sensation que l’on est petit devant l’immensité. La montagne a sur moi cette aura et cet effet. À monter les quelques derniers mètres pour atteindre une corniche, pour voir ce qu’il y a de l’autre bord, une sorte de sensation m’irradie. Le coeur me débat et je réalise où je suis sur une corniche, en haut d’une grosse montagne, le vent dans la face, l’excitation à son comble et le vide à un jet de pierre. Pourtant, vu de la chaise, ça semblait si simple et facile! Et là, je réalise que là où je veux descendre est plus à pic que je ne le croyais. En tout cas, j’ai eu la chienne. Pas jusqu’à aller à me mettre en danger, mais juste pour prendre conscience de la pente que je suis sur le point de descendre! C’est impressionnant et je ne veux pas bêcher! Il y a du monde qui va me voir dans les chaises!

Rinse and repeat

Un coup ce bout là fait, il y a « Lower 5 » et tout plein de lignes au bas à faire. La sensation me fait crier de joie, l’adrénaline coule et la fierté d’avoir descendu comme un rider doit descendre est présente. Dans le bol, il y a des coins plus à pic, des corniches, du bois, des cliffs, de la roche et des millions de bosses! Il y a même une espèce de petit bouton qui a poussé là. J’ai envie d’y aller. Juste pour voir comment c’est. Je prends le chemin d’accès, virage à gauche pour m’engager et je monte dessus. À la moitié, la chienne me pogne et je retourne en bas de celui‑ci. La prochaine fois sera la bonne. L’autre fois après, ce fut un près de la clôture et ensuite une longue traverse pour voir ce qui se passait sur cette section que j’avais spottée. C’est magnifique comme terrain et loin de tout. Une bonne sensation.

Je remonte la chaise. Cette fois‑ci, ça va marcher. Je me dirige vers mon fameux bouton (là, il y a une tune des Whites Stripes qui surgit dans ma tête: The hardest button to button). Ça tombe bien, car j’en oublie ce que je faisais là alors que je me mets à bouger ma tête au son de la musique. Trop tard, je ne peux plus reculer, je suis déjà dessus. Je dois y aller. Sauf que je ne vois pas le bout ni la fin. Ça a beau ne pas être très long, j’en vois pas le bout et je crois que je vais me jeter dans le vide! Ben non, j’ai fini par le voir le bout et par retrouver le plancher des vaches qui était toujours aussi incliné! Quelle sensation! Imaginez le tout quand c’est plein de neige poudreuse. Ça doit être malade. Y faut que j’y retourne.

Une vue du bas de Paradise bowl.

J’ai vraiment pogné de quoi cette journée-là. Seul, face à la montagne avec moi et ma planche. Il y a des gens qui ont peur et qui figent devant cette immensité. C’est correct, ils ont le droit. Moi, de me sentir minuscule, un flocon de neige perdu dans l’immensité, ça vient me chercher aux tripes comme sensation. Je recherche cette sensation, ce désir d’être petit et humble devant la nature. Ça me rappelle que j’occupe environ 6 pieds cubes et que j’ai une place bien à moi dans l’univers. Ça me rappelle aussi que j’ai un pouvoir sur ma vie et sur ce que j’en fais. Ça me rappelle aussi qu’il y a plus grand que moi et que la montagne peut me foutre une volée quand elle veut. Et même si j’ai seulement du contrôle sur ma planche et mes mouvements et que les montagnes sont toutes impressionnantes, je vais quand même rider les millions de bosses qui sont devant moi comme si c’était la dernière fois que je le faisais.

Tout donner. Send it, I’m coming down the mountain!

C’est comme ça, soit que tu as ta passion qui coule dans tes veines ou soit tu l’as pas.

Juste pour dire que:d epuis que je suis revenu de l’ouest à la mi-avril, j’ai sorti mon splitboard une bonne dizaine de fois afin de profiter de la neige qui restait. Les montagnes sont fermées? Ce n’est pas grave, je monte à pied, je me gave de ce soleil, de cet instant magique où je ne fais qu’un avec la montagne et ma planche. Une sorte de méditation, de transe, de communion avec moi-même et la vie.

Luc Skypowder en action à Jay Peak, le 25 mai dernier. Photo: Alex McCallum

Bref, le 11 mai 2019 fut ma dernière sortie à Orford. Mon partner de plan de fou, Luc Skypowder, était toujours en action le 25 mai dernier à Jay Peak. Et là, alors que la saison de bike est repartie de plus belle, il me propose d’aller à Tuckerman’s Ravine la semaine prochaine. Évidement, je ne vais pas laisser cette occasion passer sous silence! Je vous en reparlerai.

D’ici là, amusez-vous! Ridez en masse! On va se croiser c’est sûr! J’ai encore des livres qui trainent dans le salon, contactez moi si vous en voulez un!

À plus!

Sébastien Boismenu

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