Le Junior d’Amérique

Le Junior d’Amérique est un animal bien singulier. Originaire d’East Hereford dans les Cantons‑de‑ l’Est, Junior Belleville (31 ans) a commencé sa carrière de trailbuilder comme bûcheron au sentier pédestre d’East Hereford en 2012. Cette même année, Jérome Pelland, de Sentiers Boréals, se cherchait un bûcheron pour les sentiers « Ficelle » et « l’Aiguille » à East Hereford. C’est à ce moment que le contact s’est fait. L’année suivante, il est retourné à East Hereford pour peaufiner le sentier. De là, les contrats se sont enchaînés : sentiers pédestres à Saint‑Herménégilde sous la supervision des Sentiers de l’Estrie, la saison 2013 avec les Sentiers de l’Estrie et Jean Lacasse (on le salue J) au Mont Shefford notamment.

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Es-tu entrain de me prendre en photo toi là?

C’est en 2014 que notre Junior d’Amérique va joindre les rangs de Sentiers Boréals. À ce moment‑là, il n’a pas encore fait de vélo de montagne et il avait peu d’expérience comme opérateur de pelle mécanique. Par contre, il avait amené avec lui un bagage d’expérience bien utile. Junior avait dans ses bagages un modèle de pont simple et efficace qui a retenu l’attention de l’équipe de Sentiers Boréals. D’ailleurs, ce modèle de pont, on va le retrouver très souvent dans nos sentiers.

C’est son collègue Maxime Richard-Germain qui va le prendre sous son aile et va le coacher dans son apprentissage de la pelle mécanique et du vélo de montagne. N’ayez crainte, Junior n’est pas resté novice longtemps! À travers les projets et les épreuves, Junior a pris de l’assurance et aujourd’hui, c’est un des meilleurs constructeurs de sentiers que je connaisse.

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Maxime et Junior qui sont probablement entrain de planifier leur prochaine ride de bike ou la prochaine piste qu’ils vont construire.

Parlant d’épreuves…

Le projet qu’il a trouvé le plus difficile a été sans contredit celui à Sentiers du Moulin (à Lac Beauport, près de Québec) en 2015. Le moral de l’équipe était au plus bas. Imaginez : il pleut sans arrêt pendant un mois et demi durant le jour, et le soir, il fait beau! Vous avez à œuvrer dans un secteur difficile avec très peu de terre et beaucoup de caps de roche… Il a fallu pallier ce manque de terre en construisant des ponts et en faisant des enrochements. Des veines d’eau surgissent à chaque mètre de sentier que vous construisez. En plus, les gars de LB Cycle (30 bénévoles) construisent des trucs complètement dingues à côté! Vous avez de quoi faire une bonne recette pour pogner les nerfs d’aplomb! Junior n’est pas le genre de gars qui se laisse abattre par l’adversité! C’est un fonceur qui n’a pas peur de relever les défis. Avec le recul, il convient que c’était un sentier qui était difficile à construire et que cela serait probablement bien différent si c’était à refaire maintenant. Comme quoi, l’expérience ne s’achète pas et que les épreuves forgent le caractère.

Ce qu’il aime construire…

À jaser avec Junior en cette soirée de juin à Matane, j’en apprends plus sur lui, sur qui il est et sur ce qui le passionne dans son métier de trailbuilder. J’aime bien son regard aiguisé et les étoiles dans ses yeux alors qu’il me parle des sentiers qu’il a construits ou ridés. Il s’est fait chez lui, avec sa blonde et sa fille, une piste de descente de 0,8 km! Quand même! Junior a une attirance pour les trails qui descendent. Les montées ne lui parlent pas beaucoup! On le sent bien être un amateur d’Enduro plutôt que de cross country! Il aime et essaie le plus possible d’inclure des éléments qu’il a ridés dans la fin de semaine dans ce qu’il a à construire la semaine suivante. Ce qui l’allume à bâtir, ce sont les pistes de son calibre : intermédiaire. Il trouve que c’est ce qui lui convient le mieux et qui lui permet de se dépasser.

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Junior et sa fille Marguerite entrain de construire le sentier à la maison.

Junior aime beaucoup son métier même si cela l’oblige à partir loin de sa famille. Il aime être dans le bois et vivre avec les éléments de la nature. Selon lui, chaque constructeur de sentier a son style, sa signature. Il y a toujours une quantité incroyable de décisions à prendre. « C’est soit que tu as trente décisions à prendre à la minute ou zéro et tu dois prendre ces décisions seul et rapidement », me dit-il en faisant référence aux différents terrains sur lesquels il doit construire les sentiers. En tout temps, ces décisions se font en fonction de travailler sécuritairement pour lui et la machine. Chaque terrain et chaque mandat se lisent et répondent de manière différente. On peut avoir à traverser des caps de roches, des marécages, des tonnes de mousse et de matière végétale. Il faut être aux aguets en tout temps et anticiper le danger. Ce n’est pas le temps de dégringoler du « bench cut » avec la pelle mécanique!

Parlant de style…

Junior et les roches, ça va pas mal bien ensemble! Il a une affection particulière pour ces morceaux de planète, comme il les appelle! Pour lui, les roches sont des alliées précieuses pour le trailbuilder. Il en utilise souvent pour construire des calvettes et des enrochements. Leurs avantages? Elles ne se dégradent pas, ne pourrissent pas et ne nécessitent aucun entretien. Elles sont bonnes à vie!

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Junior aux commandes de sa pelle mécanique. Il est bien concentré!

Junior aime construire des flows trails avec des jumps, des rollers et des berms. Ce sont des pistes agréables à rider et où l’adrénaline coule librement dans nos veines et incite à essayer d’autres lignes de piste. Son idéal de ce type de piste se trouverait à « Highland » au New Hampshire. La piste en question se nomme la « Cat’s paw ». Selon lui, cette piste est quasi parfaite. Tout y a été pensé. On peut la rider en adoptant différentes lignes, ce qui décuple les possibilités de riding. C’est un exemple à suivre pour la qualité de l’entretien des sentiers et la construction. Les berms ont presque tous des drains, ce qui permet d’évacuer l’eau et d’éviter ainsi de se retrouver avec des berms piscine. Des rollers avant ou après les sorties d’eau y sont grandement utilisés aussi. Ce sont toutes des choses qui retiennent l’attention de Junior. Gageons qu’il va les intégrer dans sa prochaine construction.

Le projet qui le rend fier…

Au moment de faire cette entrevue, ce qui rendait Junior le plus fier était la piste qu’il avait construite à Gaspé en 2015 au Mont‑Béchervaise. Il l’avait appelée la June Spech. Il me rappelle un peu le contexte entourant la construction de ce sentier : « La June Spech est arrivée lors d’un blitz de construction à Gaspé en septembre 2015 (environ 110 heures de travail sur 12 jours). J’étais fatigué, mais hyper motivé de construire cette trail‑là ». Il avait attaqué le projet pas mal en solitaire. Le choix du tracé, de la direction à prendre et des features à inclure lui incombait à lui seul.

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Si c’est pas de la belle ouvrage ça, je me demande ce que c’est!

Notre Junior est un homme prévoyant et expérimenté. Il savait bien qu’il aurait besoin d’outils extérieurs pour mener à bien son projet. Chaque jour, je le voyais amener avec lui un outil bien spécial…Allez‑y, chers lecteurs, fouillez un peu…De quoi un trailbuilder a-t-il besoin pour bien faire son travail? Un rogue, un râteau, une scie à chaîne? Ben non! Un bicyk!!!Pas juste pour s’amuser! On s’en sert vraiment pour tester et corriger les sentiers que l’on construit. C’est essentiel pour régler les problèmes de fluidité et de construction du sentier. Après, tu prends le rogue et le râteau et tu fais les correctifs nécessaires. Nul besoin de dire que notre Junior avait le sentiment du devoir accompli tatoué sur lui après la construction de ce sentier. Ce fut encore plus plaisant et concret quand, après l’avoir ridé, notre boss, Jérome Pelland, l’a cordialement félicité en lui faisant le plus beau des high five!!!

***Je vous dis ça comme ça, mais le sentier « Les Cèdres » qu’il a construit à New Richmond pourrait bien détrôner la « june Spech » en terme de dépassement de soi! C’est très intéressant et dynamique comme piste! Un mélange de sauts et de features se déroulant à grande vitesse avec des berms immenses! On sent une influence Highland et Sugarloaf dans cette piste!

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Le sentier « Les Cèdres » à New Richmond. C’est toujours un plaisir de construire des sentiers aussi beau que celui-là.

La cerise sur le sundae…

Faire ce que l’on aime dans la vie et être payé pour, c’est bien. Ce qui est encore mieux, c’est la reconnaissance des gens. Et Junior est particulièrement sensible à ça. Pour lui, c’est la paie par-dessus la paie, c’est la vraie raison qui le pousse à donner le meilleur de lui‑même. C’est important de voir la réaction des gens et des enfants, de se faire dire que c’est le fun à rouler. Ça rajoute un sens à tout ce travail.

Pis moi? Je pense quoi de tout ça?

J’ai passé pas mal de temps avec Junior depuis mai 2017. On se retrouve souvent à partager nos chambres et on covoiture toutes les semaines pour se rendre au boulot. Ça implique des milliers de kilomètres en camion, à se chamailler pour les postes de radio, à niaiser et se raconter nos vies, les bons et les mauvais coups. Ça en fait un collègue de travail bien spécial. J’aime beaucoup son honnêteté et sa rigueur au travail.

Aussi, j’ai beaucoup de plaisir à collaborer avec lui. Il prend le temps de marcher le sentier avec moi pour me faire part de ses spécifications pour la finition. Régulièrement, il me demande mon avis sur la construction du sentier. J’apprécie, car ça complète mon travail et m’amène à un autre niveau. Merci June! Keep on riding!!

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Junior dans toute sa splendeur! Un joyeux mélange de sérieux et d’humour à la fois. Plutôt spécial mais toujours agréable!

Témoignage de l’équipe de Sentiers Boréals :

Bon, j’ai essayé tant bien que mal d’extirper quelques mots des gars de l’équipe pour rendre hommage à Junior…Ça n’a pas été facile! Que voulez-vous, une bande de barbus dans le bois, c’est plus proche de leurs vélos et de leurs pelles mécaniques que de leurs émotions! N’empêche, il y a de quoi de bon qui en est sorti. Alors, voici :

« June, on t’aime! », de la part des gars de Sentiers Boréals.

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