C’est l’heure de remiser les outils

Ouf!  Je suis arrivé à Noël en même temps que tout le monde. Bien que j’aie terminé de travailler dans les sentiers au début novembre, les deux derniers mois ont été bien occupés. J’avoue que là,  je peux dire que je peux prendre un peu de temps pour moi. Une saison de construction de sentiers, c’est un peu comme un marathon. Les premiers mois, tu te remets en forme. Au cœur de l’été, tu composes avec la chaleur et les longues heures et tu donnes sans compter. Rendu au mois de septembre et octobre, la température est plus favorable, et le changement de saison s’opère, sauf qu’il y a encore deux mois de boulot à abattre. Ce n’est pas le temps de lâcher, mais plutôt d’économiser son énergie et de rester concentré sur les objectifs et de bien finir la saison. Parce que c’est important de bien finir les choses et bon pour le moral.

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Quand on dit que Bras du nord est le petit BC du Québec, je ne crois pas que l’on se trompe! C’est tellement beau ce coin de pays! On y a passé pas mal de temps en 2017!

Comme dans tout, il y a eu de bons moments et de moins bon s moments. Il y a des jours où tu sens que tu pourrais littéralement soulever des montagnes et d’autres où tu te demandes ce que tu fais là à racler dans le bois des sentiers de vélos. Il y a aussi les récompenses de fin de journée où tu prends ton vélo et que tu vas rider ce que tu as construit. C’est une lame à double tranchant, car, autant c’est exaltant, autant tu remarques les défauts et les imperfections du sentier. Bref, le sentier se construit un pas à la fois. Et des expressions comme « 1 000 fois sur le métier » prennent tout leur sens. C’est un travail éreintant et exigeant. En même temps, c’est gratifiant de voir tous ces paysages et d’être plongé en pleine nature. Le sourire de satisfaction des gens est également une source de motivation. C’est quelque chose comme feeling de se dire : « Eh ben, j’ai construit des sentiers dans toutes ces villes et j’y laisse une trace de mon passage, les gens en profitent et sont contents. Je participe au bien être collectif et j’incite les gens à être dehors et à se tenir en forme ».

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On avait mis les standards élevés en ce début de saison! Le fameux pont « Rollercoaster » qui donne accès aux sauts de la « Tablerone » à Bras du Nord. Beau travail les gars! Belle job Guillaume pour avoir su transposé cette idée en quelque chose de concret.

C’était ma 3e saison de construction de sentiers. La 2e avec Sentiers Boréals. Un retour aux sources que j’attendais avec impatience. Déjà, depuis octobre 2016, je préparais ce retour. J’avais mes craintes, mes attentes. En 2013, j’étais tombé à bras raccourci dans cet univers et, depuis cette date, je ne voulais qu’y retourner. J’ai même tâté du sentier de randonnée pédestre en 2015, mais, comme on dit, ce n’est pas pareil! Il manque un petit quelque chose!  Donc, j’ai préparé ma sortie du resto où je travaillais comme chef de jour et j’ai foncé. Je remercie, au détour du sentier, la mère de mes enfants d’avoir pris les kids toute la saison ou presque pour que je puisse aller vivre cette expérience. J’avoue que j’avais un peu la chienne au départ. Je me demandais si c’était pour être aussi merveilleux qu’en 2013. Je me demandais si la même chimie se mettrait en place ou si c’était un « one shot deal ». N’empêche qu’il faut essayer au lieu d’avoir peur. À plusieurs égards, la nouveauté et l’inconnu font peur. Sauf que, lorsque l’on plonge, les choses se mettent en place. Dans le fond, ce qui est pire que de se tromper ou d’échouer est de ne pas essayer. Les regrets, ce n’est pas ben ben le fun à cultiver…

 

C’est un sentiment très agréable de retrouver nos outils et notre œil de trailbuilder même après un certain temps d’inactivité. C’est rassurant de voir que l’œil, la tête et le corps se rappellent les tâches à accomplir. C’est un peu comme faire du vélo, ça ne se perd pas vraiment! Ce qui change, c’est la perception du sentier. C’est devenu comme une évidence que le temps que j’avais pris à rider mon bike allait servir pour mieux comprendre ce que j’étais pour construire. L’équation est simple : pour bien construire, il faut rider les sentiers et vice-versa. Le terrain recèle de nombreuses possibilités et il en incombe au trailbuilder de l’aménager selon les paramètres de difficulté qu’on lui a donnés (si la piste est débutante, intermédiaire ou experte).

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Zig Zag Zoulou 2.0 à Sherbrooke. Sentier fluide remplit de berms et de sauts.

Dorénavant, je ne peux plus voir les étapes de construction de sentiers comme des sections séparées. La conception, le bûchage, la construction, la finition et la correction en ridant doivent être considérés comme des étapes qui composent un tout et aucune ne doit être négligée. Il doit y avoir une cohésion et une fluidité. Comme le disait feu mon beau-père par rapport à la vie en général (et non par rapport aux sentiers), la vie, c’est 90 % de détails! Ça donne une idée de l’importance des détails!

 

D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé travailler selon cette idée. Aussi souvent que possible, je partais avec Junior  marcher le sentier qu’il avait construit la veille et dans lequel j’aurais à faire la finition. J’y recueillais toutes sortes d’informations pour sculpter la finition du sentier selon ce que Junior avait en tête en le construisant. Un berm ici, un step up là, un bank à cet endroit, un hip en coin. Arrondis les rollers, ça manque de rythme, accentue la cassure de ce step down et ainsi de suite. Cette étape est très valorisante pour le gars de finition. Il devient aussi important que l’opérateur et autre chose qu’un gars de râteau… J’ai un peu de misère avec cette étiquette, je l’avoue. Être trailbuilder, c’est tellement plein de choses en même temps!

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Les Cèdres à New Richmond. Regard satisfait du trailbuilder.

La saison que j’avais en tête et celle que j’ai vécue ont été quelque peu différentes. Il y a plein de choses que j’ai apprises, mais pas nécessairement selon ce que j’avais prévu. Je me suis efforcé, du mieux que j’ai pu, à m’adapter et à répondre positivement à toutes les situations, à toutes les consignes  qui se présentaient devant moi. J’ai été placé devant des situations où j’ai dû prendre la meilleure solution pour organiser le travail et les déplacements en forêt de manière optimale. Aussi pour me sortir d’une situation problématique : un 4 roues pris sur une souche par exemple. Souvent, j’allais voir Junior avec la situation et il me répondait ceci (c’est son côté maître Yoda en moins vert et moins poilu) : Qu’est-ce tu ferais si je n’étais pas là? Et moi, de lui répondre : Z Ben, je ferais ça pis ça et comme ça. « Bon, ben, vas-y pis fais-le », me répondait-il et « Fais-toi confiance », rajoutait-il. En retournant sur mes pas, je repassais le fil de la conversation et la situation problématique et la solution que je voyais. À force qu’il me le répète, les choses se sont améliorées et je crois bien avoir gagné mes galons de ce côté. Ceci dit, je ne tiens rien pour acquis même si je me fais plus confiance qu’avant. Merci Junior de me fouetter et de brasser ma carcasse.

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Un belvédère qui donne sur le ruisseau à Théo à Bras du Nord. Il ne manque qu’un banc des amoureux, un spa et une pompe à bière!

Et l’avenir dans tout ça? Comment ça que j’ai 45 ans et que je veux continuer à faire ce boulot physiquement exigeant? Être dehors et bâtir de quoi avec le terrain et les roches m’allument tant que ça? Faut croire que oui. Donc, je vais continuer à construire des trails et les rider.

 

Ça fait aussi trois ans que je tiens le blogue et l’achalandage se maintient. Plus de 325 personnes me suivent sur Facebook. Les gens se sont ajoutés un à un à chaque post, comme un sentier qui se construit. Je vous remercie pour votre support et votre présence. Vous êtes très précieux. Pour 2018, je vais continuer à vous partager mes endroits de construction et de riding et à promouvoir ce qui se passe dans le milieu du vélo de montagne au Québec. J’ai encore en réserve beaucoup de sujets d’écriture. Et il y a encore beaucoup de sentiers à construire.

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Le sentier se construit une roche à la fois.

Je voudrais aussi faire un gros BIG UP à tous les trailbuilders qui se donnent corps et âme un peu partout dans la province. Ça fait plaisir de voir des trippeux se mettre en gang pour construire des sentiers, des dirt jumps et faire des corvées de nettoyage. Je pense, entre autres, aux gens de Bromont (les Farfadets furtifs), à ceux d’Oka , de LB Cycle ou de Sutton. On ne le dira pas assez, ça prend des bénévoles qui donnent sans compter pour administrer, organiser, mettre en place les infrastructures pour que les rideurs en profitent. Ça serait un minimum de respect et de civisme de la part des gens que de les aider, d’être polis avec les différents types d’usagers de sentiers et de payer les droits d’accès pour les sentiers!

Un gros BIG UP aussi à la gang de Sentiers Boréals! You rock! Merci de rendre cette aventure encore plus spéciale et exceptionnelle!

Bonne année, amis rideurs et amies rideuses! On se reverra sous peu! Entre-temps, je troque mon vélo pour ma planche à neige!

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Paysage d’hiver à East Hereford au versant des 3 dames. Féerique!

En vrac, mes meilleurs projets de 2017

Blitz de fou d’une semaine à Matane avec Junior pour revamper leur plus vieux sentier L’éole.

Finition du sentier Les Cèdres à New Richmond. Une merveille de sentier intermédiaire bourré de sauts et d’éléments techniques intéressants. Également, je me suis donné 200 % dans la finition de la flow trail de Max et Matthieu et le résultat est magique!

Pondre un pumptrack en une semaine avec Max et Junior au centre de ski St-Raymond.

Faire de la pelle mécanique à Bras du Nord dans des conditions hasardeuses.

Construction du fameux pont rollercoaster dans la Tablerone à St-Raymond.

Remise au goût du jour de la Zig Zag Zoulou à Sherbrooke.

Gérer l’équipe de finition à Carleton et à New Richmond.

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Un pumptrack en 5 jours et avec 3 gars c’est possible? Oui ce l’est! Beau projet à St-Raymond avec Maxime et Junior.

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