Voilà que depuis le mois de mai 2016 que je suivais sur Facebook, un groupe de trailbuilders bénévoles qui avait pris d’assaut les terrains de Plein air Sutton à Sutton pour y construire des pistes de vélo de montagne. Leur nom? Les Têtes de pioches! J’aime beaucoup! Il n’en fallu pas plus pour que ma curiosité soit piquée au vif et que j’aille envie d’en savoir plus sur ce projet mobilisateur.
Or donc, par un beau matin de septembre 2016, j’ai pris le chemin du sud en direction de Sutton en me disant que pour construire des trails de façon bénévole, il faut être drôlement motivé et être prêt à mettre beaucoup d’heures de nos temps libres. Serge Canuel, l’initiateur de ce projet est notre Tête de pioche en Chef et il en a mis du temps depuis les années pour que ce projet prenne son envol. Plusieurs centaines d’heures au bas mot. Car, voyez-vous, il a fallu la troisième tentative et la bonne personne pour que le projet de vélo de montagne à Sutton prenne son envol.
Relatons les évènements…
2015 : Une page Facebook voit le jour, MTB Sutton. Une question y est posée : Y a-t-il un engouement, un intérêt pour qu’un projet de vélo de montagne voit le jour à Sutton? La réponse est sans équivoque! 980 J’aime plus tard, la station de ski Mont Sutton contacte Serge et lui demande de fournir une étude de marché et de faisabilité. Ce qu’il s’exécuta à faire avec sa conjointe Chantal Guay.
Le but premier du projet est de créer un équivalent de Kingdom Trails (plus de 150km de trails, reliées par l’autorisation de plus de 55 propriétaires terriens) à Burke au Vermont mais, au nord de la frontière. Avec un territoire immense à exploiter, on voit bien que les projets des Têtes de pioches ne se limitent pas qu’au terrain de Plein air Sutton. On songe déjà à étendre le réseau pour relier le village et la montagne. Et la majestueuse Vallée de la Missisquoi est juste à côté. Que demander de plus?
Le 2e but est de créer un facteur d’appartenance au village de Sutton. On se cherche un peu de ce côté-là, ça oscille quelque part entre la randonnée pédestre et les arts. Pourtant, le vélo de montagne est une activité écologique qui amène son lot de fervents. Ceux-ci vont contribuer à l’économie locale en dépensant pour divers trucs : épicerie, resto- bière-essence-souvenirs-hébergement. Que de bonnes choses en perspective!
Bien qu’il y ait déjà eu du ressentiment et de la fermeture d’esprit entre la montagne de Sutton et les citoyens, avec la nouvelle administration à la tête de Mont Sutton, on peut affirmer que les choses sont en train de changer. De plus, avec l’hiver 2016 qui fut catastrophique pour la montagne, avec le peu de neige que nous avons reçu, on se rend bien compte qu’un projet de vélo de montagne peut contribuer à offrir des revenus supplémentaires et aider à équilibrer les états financiers.
Avec l’ancienne administration du Mont Sutton, le vélo de montagne n’y était pas le bienvenu. On désirait s’en tenir au ski alpin. Point de salut hors de cette activité. Dorénavant, on pourra affirmer bien haut que le vélo de montagne, on en veut au Mont Sutton! Souhaitons que l’idée fasse boule de neige et donne le goût à d’autres stations de la région d’emboiter le pas.
La réponse générale des gens est bonne. On aurait pu penser qu’il y aurait eu une résistance des gens de randonnée pédestre brandissant le spectre du Mont-Tremblant. Mais non! Tout va bien de ce côté-là! Remarquez que ce n’est pas parce que l’on veut enjoliver une offre touristique qu’on est obligé de le faire comme on l’a fait à Tremblant! Préserver le caractère et le cachet unique de la région de Sutton est très important au sein des acteurs de ce projet. Depuis, les appuis fusent de toutes parts. La Ville de Sutton et le CLD appuie le projet. Des lettres de support et d’intentions sont écrites.
2016 :
L’accord de 3 propriétaires terriens donne droit au premier coup de pelle en mai 2016! Au cours de cette saison, Les Têtes de pioches parviendront à construire quelques 7-8 kilomètres de pistes singletrack intermédiaires. Ils récupèreront également 7-8 km de chemins forestiers qui serviront de pistes faciles-intermédiaires double-track.
Une Organisation à but non lucratif (OBNL) est crée pour gérer le vélo de montagne, le fatbike et reprendre en main toutes les activités d’hiver.
Les membres des Têtes de pioches reçoivent une formation de construction de sentiers de vélo de montagne de la part d’IMBA (International Mountain Biking Association). 24 personnes se présentent à cette journée de formation.
7 Septembre 2016, c’est une journée pour faire découvrir le projet et les sentiers aux gens du village par une journée de démo de vélos. Pour une première, on pourra dire que c’est un succès! Plus de 175 personnes se sont pointées pour venir découvrir et essayer les sentiers. Les sourires et les éclats de rires étaient au rendez-vous! Mission accomplie dirait-t-on? Oui, mais ce n’est que le commencement.
Pour 2017, on vise de pouvoir offrir de 20 à 25 km de pistes réparties selon cette échelle : 30% familial, 50% intermédiaire et 20% expert. On souhaite développer une piste double losanges pour 2018. Ultimement, on vise 50km de sentiers pour avoir une offre touristique raisonnable. Il y a encore beaucoup de terrains pour construire les pistes dans les 3 prochaines années nous dit Serge Canuel. Éventuellement, puisque toute l’infrastructure (accueil-hébergement-boutique-réparation) y est déjà, les activités partiront de la montagne du Mont Sutton.
C’est bien beau construire bénévolement mais, ultimement, ça prend de l’argent qui rentre! Du côté des Têtes de pioches, on vise la vente de quelques 175 passes de saison et environs 3000 droits de passage. Une partie des effectifs travaillent fort pour aller chercher des subventions (3 sont déjà obtenues) pour construire et développer le projet.
Entretemps, je vous invite à aller explorer leurs sentiers à partir du 17 juin, date du lancement de la saison qui se fera sous forme de démo de vélos et atmosphère festive. En septembre, le 23 et 24 se tiendra une manche du Marin Bikes California Wild Side (Compétition Enduro) sur leur terrain. Si vous avez du temps et de l’huile de coude, c’est une bonne occasion de mettre la main à la pâte et de construire avec eux. En plus de vous garder en forme et de collaborer à ce beau projet, vous apprendrez à construire des sentiers! Bon deal non?
Moi, je regarde ça d’un œil extérieur et je suis très content de voir les choses se développer dans ma région : l’Estrie. Je me rends compte que le bike de montagne mobilise les gens et leur donne un but commun. Je me dis aussi que plus il y a de projets de ce genre, plus les gens vont réaliser la force du mouvement tant au niveau humain, que sportif ou économique. Ils vont voir grandir dans leur voisinage des projets bien orchestrés et réalisés de manière durable et respectueuse. La peur de la nouveauté et du changement va s’estomper et le paysage va s’adapter à tout ça. Dans une région comme l’Estrie où le terrain de jeu est là, je me dis qu’il n’y a aucune raison de passer à côté!
Une petite biographie de Serge Canuel et Chantal Guay
Serge Canuel: Serge est natf de Montreal et est peintre compagnon depuis toujours. Il est propriétaire de son entreprise et un trippeux de velo de montagne de longue date. Il a visité pas mal tout le Quebec et le Vermont. En plus, il connaît également très bien les sentiers de Moab, Sedona et de la Colombie Brittanique.
Un des objectifs de ces voyages est d’aller chercher des informations pour pouvoir l’appliquer sur le terrain à Sutton. Et le trailbuilding est venu tout naturellement par la suite. Cela s’est avéré nécessaire pour revaloriser le réseau de sentiers déjà en place.
Chantal Guay:
