L’esprit de Mahicans ou le Mahicans’ Spirit
Mais, que veut-on dire par l’esprit du Mahicans? Est-ce un humain ou un état d’esprit? C’est la première fois que vous en entendez parler? Je connais ça un petit peu. Je l’ai vu par là-bas, il peaufinait son sentier. On ne le voit pas souvent. Ou bien on ne se rend pas compte de sa présence. Il nous entoure et nous enveloppe dans son royaume au centre de la forêt. Il se promène la nuit dans les sentiers aspergeant les constructions de sa poussière d’étoiles qui rend ce qui est beau encore plus beau. Il doit être de connivence avec les fées des bois!
Ça ne vous en dit pas plus? Trop ésotérique mon affaire? Devrais-je plutôt vous dire qui est Mahicans? Ça pourrait aider!
D’entrée de jeu, je dirais que j’ai rarement eu l’occasion de rencontrer une personne aussi chaleureuse et bonne que Mahicans. C’est un homme intègre, loyal et pas compliqué. Il a été mon frère de trails, mon partner de truck (Gaspé-Bras du Nord), mon co-chambreur quand on était partis en dehors de la maison, mon confident aussi. C’est un sacré bon gars avec qui je partage une bière après la journée de travail ou un thé chaï au break. On a beau passer la journée ensemble, le soir, on finit par se faire à manger ensemble! Inséparables ou presque! C’est aussi mon ami que je ne vois pas assez souvent quand la saison de construction est finie. En fait, que je ne vois pas assez souvent tout court!
Mahicans Diamond : Trailbuilder depuis 2004. 39 ans depuis une couple de semaine 🙂

Poste occupé : Directeur de travaux de sentiers au PENS (Parc environnement naturel de Sutton) et Fiducie Massawippi (Ste-Catherine de Hatley et North Hatley), consultant des milieux naturels et des parcs. Il travaille en alternance à ses deux endroits et gère ses équipes de travail.
Au PENS, il a eu le mandat de « réparer » la montagne. Les sentiers étaient en piteux état. Certains étaient érodés, construits en plein dans la ligne d’eau. Il a dû trouver des déviations et briser cette érosion. Plusieurs ponts et structures ont été refaits aussi.
Pour la Fiducie Massawippi, il est le développeur et le constructeur d’un nouveau réseau de sentiers pédestres qui sera accessible au public en 2017.
C’est l’histoire d’un gars….
En 2004, Mahicans s’achète un vélo de montagne. Il cherche des places où aller rider pas loin de chez lui. Après avoir constaté que sur une terre de 250 âcres, il y avait de quoi faire, il s’est lancé et s’est mis à construire des sentiers. Il n’a pas arrêté depuis. Un bon matin, en 2011, il a voulu en faire son métier. Donc, il a lâché un coup de téléphone au gars qui cherchait un gars pour faire des trails et lui a dit : « Donne moi la job! ». L’affaire était conclue.
La fierté du trailbuilder
La construction de sentiers est définitivement quelque chose qui est tatouée sur son cœur! Il aime les sentiers et il aime son travail. C’est un trailbuilder qui s’investit corps et âme. Peu importe la difficulté, l’heure de la journée ou l’épaisseur de terre qui recouvre ses bottes et ses pantalons. Il est prêt! Il en veut plus, il en mange! De l’ouvrage, pas de la terre! Pour lui, la bière ça se mérite. Alors, il faut suer, se mettre les mains dedans et travailler fort physiquement.

Sa satisfaction, il la trouve lorsqu’on peut constater le progrès et que le sentier nous amène à de jolis endroits. Il a envie que les gens qui emprunteront ces sentiers apprécient la nature et aient une belle expérience de marche ou de vélo. C’est pourquoi il est à la recherche de la durabilité, de la construction la plus belle, parfaite et la plus esthétique possible. Notre homme des bois est méticuleux et perfectionniste. Pas de compromis ni de demi-mesures sur la qualité et la solidité. L’équilibre de la nature et des choses doit se refléter dans la construction de sentiers. Donc, il faut en faire juste assez pour tromper l’œil et donner l’impression à l’utilisateur que tout est en place et à la bonne place. Et qu’il en a toujours été ainsi. Que si une roche se retrouve à l’espace X, et bien, elle était née là et c’est là qu’elle devait aller! Et ce, même si on est allé la chercher 100 m plus loin!
Ce que j’aime et que j’admire de Mahicans, c’est que c’est un gars qui va toujours chercher à s’améliorer. Pour lui, apprendre des nouvelles techniques et se familiariser avec de nouveaux équipements est une seconde nature. On doit souvent maîtriser plusieurs compétences issues de différents corps de métier en étant trailbuilder: bûcheron (abattage d’arbres), menuisier (construction de ponts et de structures), opérateur de machinerie lourde, maçon (maçonnerie). Le tout, souvent en région éloignée ou difficile d’accès. Alors, il ne tient rien pour acquis afin que son sentier soit le plus solide et sécuritaire possible.
Hélas, le travail du trailbuilder est très exigeant physiquement et manque (un peu) de valorisation. « Il faut payer le prix pour faire des trails », me dit-il. Inévitablement, le trailbuilder, à force d’être exposé à des situations risquées et un travail hasardeux, va finir par se faire mal ou avoir mal. Le sacrifice de son corps et la douleur ne sont pas des mythes! Pour lui, se sont les maux de dos. Pour moi, des douleurs aux tunnels carpiens qui me réveillent la nuit.
Il déplore également que ce domaine soit un autre de ces domaines où l’on profite de la passion des gens. On est souvent prêts à faire des concessions salariales et faire des heures de fous pour vivre de nos passions et que celles-ci amènent pain et beurre sur la table.
Malgré tout, la passion et le plaisir de voir de beaux endroits aux paysages grandioses l’emportent. Les commentaires positifs des utilisateurs transcendent tous ces efforts. Un sentiment de fierté l’habite lorsqu’il enseigne et transmet ses connaissances à ses collègues. C’est un excellent professeur. Il est très patient et explique bien le travail qui est attendu du trailbuilder. Qui sait? Une passion naîtra t-elle du contact avec Mahicans? Un nouveau trailbuilder prendra t-il le chemin du bois pour nous émerveiller? En bike ou à pied?
Parmi les autres choses qui l’allument, il y a bien sûr la synergie avec la nature. Il y aussi la synergie d’une équipe qui roule à plein régime. Une équipe qui est efficace, responsable et autonome peu importe les difficultés rencontrées. C’est une petite victoire que d’avoir eu une belle journée alors que la météo et la fatigue ne coopèrent pas. Un baume sur le cœur quand on rentre trempés d’un bout à l’autre. Et que le lendemain, ils annoncent la même chose!

Son rêve
Bien que notre ami Mahicans se spécialise dans les sentiers de randonnées pédestres, on sent toujours le biker de montagne en lui. La recherche du « flow » est omniprésente dans ses sentiers. Un peu plus et pis il se gosse un berm vite fait! Ça pourrait être pratique pour les adeptes de marche extrême ou les coureurs en sentier! Chaque jour il s’ennuie du bike de montagne, de construire et de rider ce qu’il a construit. « Un trou dans mon âme », me confie t-il. Je le comprends, c’est pas mal la même chose de mon côté.
Son souhait le plus cher serait de contribuer à bâtir une culture de vélo de montagne en Estrie. D’entretenir une effervescence de gens trippeux de montagne, avec une micro-brasserie pas loin et des spectacles bien sympathiques autour! Burke au Vermont et la Vallée Bras du Nord sont des modèles à suivre.
Burke et Kingdom Trails, c’est 55 propriétaires qui prêtent leur terrain aux sentiers de Kingdom Trails (160km au total). Un véritable tour de force d’unir tous ces gens en vue de créer un paradis du vélo de montagne. Il est clair qu’un travail similaire sera nécessaire pour obtenir des droits de passage sur les terrains privés de côté-ci de la frontière. On y reviendra éventuellement mais, disons qu’il y a un clivage dans la manière de voir les choses entre les différents acteurs du milieu. Un pont peut facilement être construit au lieu de jeter un pavé dans la mare!
Quant à elle, la Vallée Bras du Nord se démarque par la beauté du paysage de la région de Portneuf. Un travail similaire pour obtenir des droits de passage a été fait aussi. On pourra ajouter que Bras du Nord a misé sur une approche sociale où une partie de la construction des sentiers est un programme de réinsertion sociale pour les kids en difficulté (décrochage, abus, alcool, drogue).

En estrie que se passe t-il?
Si Bromont, Sherbrooke, Coaticook et East Hereford sont bien desservies en sentier de vélos, on ne peut en dire autant de Magog-Orford –Mansonville. Ces temps-ci, ça construit du côté de Sutton avec Les têtes de Pioches. Ça avait failli bouger en 2013 du côté de Owl’s Head, mais le projet a été tué dans l’œuf….Dommage, on parlait d’un centre de vélo de montagne de 50 km avec infrastructures et tout. À la fin de cette année, nous aurions dû avoir tout prêt de 30 km prêts à rouler. Je crois que Mahicans et moi l’avons encore sur le cœur…De quoi amener des gens et améliorer l’offre touristique de la région. Et, rêvons un peu encore…Pourquoi ne pas créer un gigantesque réseau de sentiers de vélos de montagne (inspiré du Sentier des Appalaches ou du Pacific Crest Trail) avec des relais, des activités et de l’hébergement tout le long du sentier? Celui qui ne rêve pas finit par mourir vivant. Mon opinion.
Une dernière pour la route…
Par-dessus tout, Mahicans ou L’esprit du Mahicans, ça m’habite. Ça se traduit par un désir constant de bien faire les choses et de donner le meilleur de moi-même. C’est ce qui va me botter le cul pour avancer et ne pas me contenter de ce qui est acceptable. Souvent, quand je suis fatigué et que je pense que ce que je fais comme travail c’est correct, je pense à l’esprit de Mahicans. Je retrouve alors un peu de force, me retrousse les manches et donne le petit coup de cœur qui manque pour que ça soit sur la coche. Ça m’a servi souvent dans les trails mais, à plusieurs reprises ailleurs dans la vie aussi. Je l’entends alors me dire : c’est bon mais, tu es capable de plus. Il est où ce OUMPH qui fait la différence? Vas-y mon gars! Fais-le, tu es capable!

Cher Mahicans! Te dire que je t’aime, c’est pas assez! Je suis honoré de connaître un gars comme toi! Tu es vraiment une bonne personne et une source d’inspiration. Dans les prochaines semaines, tu vas t’aventurer sur un des plus beaux sentiers qu’on peut trouver : celui d’être Papa! Je vous souhaite à toi et à Clara beaucoup de bonheur avec votre ti-gars ou tite‑fille! Vous allez être des excellents parents!
Il y a un certain Matthew Cleary qui veut ajouter son grain de sel…Je lui laisse la parole!
Il a composé deux magnifiques Haïku. Merci Matthew, tu me fais honneur avec tes haïkus!
Adventure
Hours spent in the woods
With snow, and bears, and falling trees
Each day a blessing
(Matthew Cleary)

Mahicans
Laidback and relaxed
Sharp eyes always on the ground
Where will water drain?
Par Matthew Cleary
Le mot de la fin…
Mahicans, va faire réparer ton bike qu’on aille rider!
Tiens? Vous êtes encore là? En v’là une p’tite pour la route….
Anecdote de gars sur la route (entre Ste-Anne-des-Monts et Mont-Louis, sur le bord du fleuve là où la route et le fleuve sont au même niveau ou presque)

On amenait tout le temps de la musique avec nous lors des déplacements, (en montant à Bras du nord, on la croise la rivière Batiscan), parce que tsé les radios commerciales…ben on en a vite fait le tour. Alors, nous écoutions Keith Kouna et sa chanson « Batiscan » (Prix de la meilleure chanson de la SOCAN en 2013). Et là, j’essayais d’expliquer ce que ça racontait : Keith Kouna se revoit enfant, avec son père, à la pêche sur la rivière Batiscan et sa ligne à pêche est pognée dans les branches à tout bout de champ….
Keith Kouna, Batiscan
À tout bout d’champ : Qui revient tout le temps? À chaque bout de champ, il y a un fossé. Ça revient tout le temps. Et ainsi de suite, à essayer de saisir le sens profond de l’expression!
Bref, pas évident. Non, désolé pas plus de punch que ça! You had to be there!
Allez écouter la chanson et essayer de définir « à tout bout d’champ » pour voir!
That’ it, that’s all folks! Est-ce que je vais faire un dernier texte pour clore la saison? Je sais pas encore! Je suis bien occupé avec la job, les cours de cuisine et ceux à l’Université. J’ai ridé beaucoup cette année, plus de 25 fois. Rencontré plein de monde gentils. Découvert des nouvelles pistes. Bref, une bien belle année! on se reparle, ou on se croise sur une montagne ou dans un sous-bois! Merci de m’avoir lu! Likez et partagez!
A+
Sébastien Boismenu
