Ces joyeux fous sur leur machine à deux roues

Il y a deux semaines, c’était la Coupe du Monde de vélos de montagne, qui se déroulait au Mont Ste-Anne. J’étais particulièrement fébrile à l’idée de voir ces rideurs à l’œuvre, mettant tout leur savoir-faire de l’avant, afin de dévaler à toute vitesse (des pointes à 75 km/heure) le circuit de fou mis en place pour l’occasion. Le tout en volant littéralement par-dessus les obstacles : racines, roches et sauts de toutes sortes!

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On est vraiment à côté de la piste. On est prêt de l’action!

Les passionnés vous le diront en mille, le parcours du Mont Ste-Anne est le plus vieux et le plus hot du circuit de la Coupe du Monde. Une aura bien singulière l’entoure, faisant de cet événement un happening festif bien agréable! Les fans sont nombreux, bruyants, festifs et déchainés lorsqu’ils voient leurs idoles tels les Gwin, Atherton (Rachel et Gee) et Mynnar. Pourquoi est-ce ainsi à Ste-Anne? Nul ne le sait, mais, chose certaine, la communauté des gens de vélos de montagne aime bien faire la fête et est très chaleureuse! Evidement, je me sentais comme un poisson dans l’eau!

Donc, j’ai entrepris l’ascension de la montagne pour y observer le parcours, l’analyser et chercher les endroits propices pour prendre des photos et des vidéos. Et, bien sûr, voir les coureurs descendre le parcours. Que ce soit le légendaire rock garden, la roche à Steve Smith (très à pic!), les sections « plein gaz » en ligne droite ou encore la grosse roche dans le haut du parcours avec la drop qui tombe dans un berm vers la droite, il y en a pour tous les goûts. C’est très varié comme parcours et très intéressant, car ça demande aux rideurs une panoplie de compétences pour bien négocier toutes les roches, racines, step-up, step-down, drop de toutes sortes qui se présentent à eux. C’est une course de vitesse bien sûr, d’endurance à travers un environnement qui n’est pas très doux! Le parcours est très exigeant et le gagnant devait viser une performance sous les 4 minutes pour l’emporter (Danny Hart, le gagnant, l’a fait en 3 minutes 59 secondes).

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Une marche dans le parc! Grosse roche et drop! Berm à droite tout de suiste après!

C’est vraiment très agréable à regarder! C’est bien excitant et électrisant! Ça a l’air facile! Ce sont des pros. Je vais essayer de faire comme eux! Yeah right! Pas à cette vitesse-là pour commencer! Comment font-ils pour voler par-dessus les roches comme ça? Comment font-ils pour ne pas freiner dans les sections où ça roule à tombeau ouvert? Il doit y avoir un truc!

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Le rock garden! Ça vole par dessus les roches en les poppant! Mental!

En plus, j’ai rencontré du monde bien gentil et des trailbuilders-riders que j’aime bien! Salut Max, Simon, PA, Yannick!

Ce n’est pas fini tant que c’est pas fini!

J’étais déjà aux anges. En plus, je m’étais gardé une entrevue avec Claudio Caluori, un ancien coureur professionnel de descente en vélo de montagne. Maintenant, Claudio fait le bonheur des gens en descendant les pistes de la Coupe du Monde tout en les commentant! Il est bien drôle lorsqu’il le fait! Ses expressions sonores, ses montées d’adrénaline et ses commentaires spontanés nous mettent bien dans le siège du conducteur.

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Claudio et Sébastien avec un pumptrack derrière! Très à propos comme endroit pour faire une entrevue. (Crédit photo: Simon Drouin)

Et le voilà qui se pointe le nez à l’horizon. Facile à reconnaître, même de loin. Ouf! Moi qui suis pourri avec les visages des gens! C’est encore pire en public. Il est bien sympathique le bonhomme! Souriant et généreux de son temps, malgré le fait qu’il soit un homme bien occupé. On compte à son arc plusieurs cordes : celle de gérant d’athlètes professionnels avec son équipe de vélo de montagne Gstaad-Scott, constructeur de pumptracks et de pistes de descente un peu partout dans le monde (Thaïlande-Bali-New York-Zurich-Oklahoma city) avec son entreprise Vélosolutions.

Comment ça a commençé Vélosolutions? Comme ça. Claudio a toujours construit des pistes. En 1999, il en a construit à San Diego, avec des amis, pour pouvoir s’entrainer. Des équipes professionnelles l’ont également utilisé pendant ce temps. En 2004, il a fondé Vélosolutions avec deux de ses amis.  C’était tout naturel, une extension de son esprit de rider qui cherche à construire et descendre la piste parfaite. Travailler à l’international? Il ne l’avait pas spécialement prévu. C’est arrivé comme ça aussi. Les opportunités d’aller construire en France, en Suisse, aux États-Unis et en Thaïlande se sont présentées à lui. « C’est un rêve. Si la possibilité de le faire est là, je le fais ». Inspirant n’est-ce pas?

Définition de pumptrack :

http://www.redbull.com/ca/fr/bike/stories/1331772630558/bmx-and-vtt-comment-faire-une-pumptrack-%C3%A0-domicile)

Le concept d’un pump track est simple : cela peut être toute une combinaison de bermes, de rollers, de petits sauts, de croisements et d’autres petits obstacles qu’on peut imaginer, tout ça afin de « pomper » sur la piste, en prenant de l’allure et en faisant le parcours sans avoir besoin de donner des coups de pédales.

Selon Claudio, chaque ville dans le monde devrait posséder un pumptrack. Pourquoi? Parce que c’est le fun! Parce que ça ne nécessite pas beaucoup d’espace et que ça s’insère très bien dans un aménagement urbain. Ça demande peu de matériel pour l’utiliser (un vélo ou un skate ou une trottinette). Et ça demande quand même de l’entretien s’il est en terre. C’est encore mieux en asphalte, moins d’entretien et plus durable. On peut même l’utiliser sous la pluie.

Un pumptrack attire les enfants et les amène à bouger et à faire du sport. Chose qui est de plus en plus difficile à faire en partie en raison de nos vies de fous et des ordinateurs et d’autres bébelles électroniques auxquels on finit par être accros à différents niveaux. En les ayant à portée de main dans les centres urbains, on fait sortir les gens de chez eux. Tout le monde y trouve son compte sur une pumptrack : enfants, ados et adultes.

En poussant un peu, on pourrait dire que les pumptracks changent les mentalités. Elles facilitent également l’intégration et le respect des gens de tous âges et de toutes disciplines. « Il n’y a pas de tension sur un pumptrack comparativement à un skate-park », dit-il.

Et je vais tenter d’amener le raisonnement un peu plus loin en disant que, sur un pumptrack, l’enfant va être en mesure d’apprendre un sport, de développer des habiletés selon son niveau, et cela va lui apporter un sentiment de réalisation et de dépassement de soi qui, on l’espère, sera quelque chose qui l’animera toute sa vie.

https://www.facebook.com/Velosolutions/?fref=ts

Alors? Entre construire des pistes de descente ou des pumptracks, que préfères-tu Claudio?

Tout de go, il me répond : « Les deux! Je ne peux pas à me résoudre à faire uniquement l’un ou l’autre, dit-il en riant. Les pistes de descente vont vouloir aller chercher une fluidité dans les lignes et les obstacles tandis que les pumptracks vont être dans les centres urbains et se rapprochent plus de la construction et de l’excavation ».

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Bien content de cette photo! À la bonne place, au bon moment!

Alors, bien que ce soit le même produit, qu’est-ce qui fait que le projet est spécial?

Il me répond : « C’est l’endroit qui fait que c’est spécial. De voir les gens participer aux projets (par exemple, les Thaïlandais pieds nus pour faire la piste d’Aranyaprathet), de recevoir les commentaires des parents heureux de voir leurs enfants qui jouent dehors. J’apprécie aussi de pouvoir vivre la vraie vie des gens, pas celle des touristes. C’est un rêve de pouvoir travailler partout dans le monde ».

Et par-dessus tout, de voir les sourires radieux des enfants est quelque chose de très gratifiant. Ça fait oublier que malgré la chaleur, la pression de réussir et les choses qui ne fonctionnent pas comme prévu, ils nous rappellent que notre travail est grandement apprécié.

https://vimeo.com/116471379

Aparté. C’est Séb qui parle. Les rêves, les rêves toujours des rêves! Sinon, c’est la mort de l’âme. Je vous le dis : expérience vécue. Faque, arrêtez pas de rêver! Fin de l’aparté.

Est-ce que notre ami Claudio met la main à la pâte lors des travaux?

Bien sûr! C’est un travailleur infatigable qui fait de tout lors des projets (pelle mécanique, rateau, plaque vibrante, etc). Il fonctionne généralement par équipe de 5 personnes par pays. Sur place, il a un contact qui organise la livraison des matériaux et de tout ce qui est nécessaire.

Et le futur mon cher Claudio?

Comme tout bon entrepreneur, il a compris qu’il ne pouvait pas tout faire ni être partout en même temps! Pour pouvoir se libérer lors des projets spéciaux, il doit être en mesure de monter des équipes autonomes et de pouvoir compter sur des gens qui sont capables de gérer des projets. Car, Vélosolutions et Claudio ont encore beaucoup de villes à visiter pour que chaque ville ait sa pumptrack! D’ailleurs, qu’est-ce que Montréal attend pour s’en doter d’une?

Pour finir le tout en beauté, j’ai demandé à Claudio qu’est-ce qui fait que c’est si spécial à Québec?

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Le dernier jump avant l’arrivée!

Il m’a répondu ceci : « La première fois que je suis venu ici, c’était en 1998. C’était spécial. Et à chaque année, c’était spécial. La piste est la meilleure, l’atmosphère est géniale et on y retrouve les meilleures fêtes! »

Voilà. C’est dit!

Sébastien Boismenu

***Toutes les photos sont de Sébastien Boismenu. Sauf celle avec Claudio qui est de Simon Drouin. Utilisation interdite sauf accord préalable. Touts droits réservés.***

 

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