403 ans plus tard je me réveille! Submergé par la vie, la job et la construction de cours de cuisine qui a été pas mal plus longue que prévu, je me rappelle subitement que je n’ai pas enterré cette saison! Depuis près de trois mois que la culpabilité m’envahit, ce qui est franchement désagréable! En plus, les boys et moi avons trouvé le moyen de faire un joyeux 5 à 7! Et un autre est en préparation… La neige est à nos portes et la saison de snowboard m’attend à bras ouverts! Le temps des fêtes est fini et les sapins ont été ramassés. C’est vraiment l’heure de clore cette belle année de trailbuilding avant que celle de 2016 ne commence!

Alors? Quoi de neuf docteur? Je vais remonter le temps quelque peu….
Fin août
Par un beau matin ensoleillé, l’équipe, gonflée à bloc, se retrouve à la Réserve des Montagnes vertes à Mansonville pour y réparer une structure de pont et construire un escalier en pierre. Le cadre est enchanteur: de belles montagnes, deux lacs (un plein de sangsues et un autre non), un camp dans le bois sans eau courante ni électricité et un réseau cellulaire plutôt faible! On va survivre, ça va bien aller! On est capable (je parle pour moi) de passer 5 jours sans technologie! Je devais être le premier à arpenter le terrain, les bras dans les airs avec mon téléphone à essayer de capter du réseau! On s’attache vite à ces petites bêtes-là! Alors, une fois que la bouffe eut été mise sur la glace, que l’eau et le reste de notre équipement est grossièrement installé, nous étions prêts pour notre première mission.

Chargés comme des mules avec une quantité impressionnante d’outils de tous genres, dont certains non-nécessaire, notre premier mandat constituait à renforcer la structure d’un pont qui avait une attirance certaine pour aller rejoindre le ruisseau qu’il traversait.
Et c’est ainsi que je lève mon chapeau à Nicholas et Rocky qui n’ont pas hésité à se mouiller, c’est le cas de le dire, et qui ont pris l’initiative de ce bel ouvrage à mi-cuisse dans l’eau. Et puis, pour agrémenter le tout, notons que Matthew a bien fini par se mouiller lui aussi. C’est drôle mais, Matthew trouve toujours le moyen de se retrouver les quatre fers en l’air, soit dans un trou d’eau ou de boue! Frank et moi, on a fini par se mouiller par agrément!

Je résume le travail ainsi : redresser la structure du pont qui est entrain de s’affaisser en levant la structure avec une barre à mine (ou deux, ou un cric hydraulique si on en trouve un), insérer des roches plates qui pèsent 400-500 livres en les déplaçant sur une distance de 50 pieds avec un système de poulie, creuser l’intérieur de la structure pour y mettre un géotextile, remplir de roches (y’était loin les tab…de roches!) et couvrir le tout de sable comme si de rien n’était! Bref, une marche dans le parc! Dans le temps des pharaons, y faisait ça de même faque on fait ça de même!!!!
Bref, ce fut une journée bien remplie et la bière qui nous attendait au camp fut bien méritée!
Deuxième mission: construire un escalier en roche! De prime abord, c’est simple: trouver des roches de bonne grosseur et de forme plus ou moins égale et les installer. Bref, un projet qui se fait en criant ciseau! Premier problème, il n’y a pas de roches à moins de 50 à 100 mètres… léger détail! En plus, il n’y en a pas assez. Solution : faire des marches en talus! Aussitôt dit, aussitôt fait! Trouver des arbres, les couper, les écorcer et les installer, rien de moins! Puisque nous sommes une bonne équipe bien soudée et efficace, le tout c’est fait sans anicroche.
Et voilà! C’est ainsi que notre périple à Mansonville se termine.
De retour à Eastman
Il nous restait une boucle à compléter dans les sentiers de la Missisquoi Nord d’environ 400 mètres. Le terrain était facile à travailler : pas trop de roches, ni de racines. Et amplement de belle terre minérale pour y faire une surface de marche durable et solide. Bref, une joie en cette fin de saison!

Au fait, ça ressemble à quoi une fin de saison quand on est trailbuilder? L’automne s’installe tranquillement, les feuilles changent de couleur, l’hiver se propose au loin. C’est le temps de profiter des derniers moments de la saison avec le bois qui nous entoure et de faire une rétrospective du temps qu’on a passé à construire des sentiers. C’est aussi l’incertitude envers les futurs emplois ou le chômage qui vont nous faire passer l’hiver jusqu’à ce que le printemps revienne et que le bois et les trails nous rappellent à eux. Dans mon cas, cet appel ne me quitte pas vraiment… Une fois, j’ai entendu un bucheron, un vrai de vrai gars de bois avec une grosse barbe,dire : ça va peut-être paraître prétentieux mais, les gens qui ont la chance de travailler dans le bois ont peut-être accès à une parcelle d’éternité de plus que la moyenne des gens. Sur le coup, je l’avais trouvé prétentieux mais, je vais y donner raison! Il y a définitivement quelque chose de spécial à ça! On est chanceux de pouvoir faire ce métier.

Voilà! Que dire de plus? Merci à mes chums de trails!!! Vous avez été des collègues hors-pairs! Ce n’est pas toujours évident de rassembler 5 personnes aux caractères et vécus différents, avec leurs forces et faiblesses et de les faire travailler en équipe! Ça pourrait mal tourner facilement! Mais bon, on a réussi, je suis fier de nous et de ce que nous avons accomplis. Ça n’a pas été toujours facile, on n’a pas toujours eu la météo de notre bord, y faisait froid et il pleuvait souvent! Et pis, faut croire qu’on s’entend bien parce qu’on s’appelle régulièrement pour aller voir des spectacles et prendre une bière! Merci les boys pour cette belle saison!
C’est pas fini tant que la grosse madame n’a pas chanté…..
Pis vous pensez que c’est la fin? On est quand même juste à la fin septembre! Y doit bien rester encore un peu de job à faire? Je n’ai pas envie de retourner en travailler en cuisine tout de suite!

Fin septembre. La saison veut s’étirer vers Gaspé.
Alors que je croyais que tout était fini, le téléphone sonne et c’est Jérome Pelland de Sentiers Boréals qui me dit : Séb, tu viens tu à Gaspé faire des trails de vélo de montagne? Ben oui! Wow! Je n’y rêvais plus! Retrouvez mes potes de 2013, Max et Jérome et les autres boys des trails de bike! Visiter Gaspé en automne! Le temps de préparer mes bagages et de régler quelques bricoles et nous voilà partis sur la route pour un voyage sur un nuage peuplé de beaux paysages!!! Gaspé! On y avait construit des sentiers en 2013. Ç’est comme reenir sur les lieux de son crime! Sauf que, notre crime c’est de faire des supers belles pistes de bike et de rendre le monde heureux avec!

Ça fait drôle aussi de se remémorer les choses qu’on vivait dans notre vie, comment était notre état d’esprit à cette époque et de constater le chemin parcouru depuis deux ans. Dédé des Colocs avait bien raison : « La vie c’est court mais c’est long des petits bouts ». Le temps arrange bien les choses!
C’est le fun aussi de constater l’évolution du travail qu’on avait fait. Ce n’est pas que j’avais des doutes mais bon, de voir que deux hivers et deux printemps plus tard, les sentiers tiennent la route et sont en très bon état, c’est signe qu’on avait bien fait notre travail!

Alors, pour les amateurs de statistiques : 12 jours de travail (environs 10h/jour), 6 gars (Jérome, Max, Junior, Philippe, Pierre-Etienne et moi), 7 km de trails, 3 pelles mécaniques (une 17, une 25, une 35 des Kubota!), une armée de bénévoles, deux trucks (GMC 3500 et GMC 2500) et deux 4 roues (dont un qui a flippé dans une côte! On dira pas c’est qui a fait ça mais ce n’est pas moi!).


Bref, du gros travail! Une piste de descente signée Maxime Richard Germain, champion québécois 2015 en vélo de montagne, une autre dans une pente avec 55 degré d’inclination et le reste des pistes pour y faire du cross-country. Les gars de Gaspé, y sont bien gentils mais, y sont un peu bizarres car ils aiment VRAIMENT BEAUCOUP monter la montagne! Moi, c’est plutôt le contraire! La descente est ma récompense pour avoir suer en montant!



Encore une fois, de bons moments à Gaspé avec la gang locale (Pierre, Jean-François, Darren et compagnie), de la bonne bouffe dans les restos locaux (au Brise-Bise et au Frontibus), du bon café (Café des artistes) et quelques bonnes bières locales (Pit Caribou, À l’abri de la tempête et Naufrageur), on n’était pas à plaindre! Je trouve ça important et agréable de pouvoir savourer toutes ces spécialités locales. Un gourmand gourmet je suis!
Et la journée finit à la brunante et même sous le coup de la fatigue, on enfourche nos vélos pour aller vérifier si notre labeur en vaut la peine. J’ai tellement bien vérifié qu’à la dernière descente de la dernière journée, j’ai fait un nose wheelie (wheelie sur la roue d’en avant) dans la piste à Max… Résultat : Sébastien dans le champ, de la terre dans les oreilles et une cheville qui fait mal. Pas cassée, juste très bien foulée! J’ai passé les deux semaines suivantes avec une attelle et des béquilles, en plus d’une nuit à l’urgence avec ma blonde! Je m’en serait ben passé! Disons que nous avions autres choses en tête en guise de retrouvailles!


11 janvier 2016
Je repense à tout ça, à l’hiver qui me fait rager par son manque de neige. Maudit El Nino! Le printemps n’est pas si loin que ça. Je ne sais pas où je vais aller faire des sentiers en 2016. Je sais que j’ai le goût d’y retourner. Je sais aussi que je suis heureux dans ce métier même si c’est saisonnier. J’aime faire des trails, encore plus des trails de bike. J’ai le goût de faire ça encore un bout et d’apprendre encore pleins de nouvelles compétences : gérer une équipe, travailler avec des machines, couper des arbres, concevoir des pistes de vélos, développer un centre de vélo de montagne…
Je rêve à ça et pourtant je suis éveillé! Je dois être entrain de travailler pour réaliser mes rêves!
Bon hiver! Merci de m’avoir suivi cette saison! Amusez-vous! À pied, en bike, à cheval! Y’a de la place pour tout les usagers! Si vous croisez un trailbuilder, remerciez- le! On se retrouve sur les sentiers au printemps!

Sébastien Boismenu
